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Le Train des Rêves de Minuit

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Le Train des Rêves de Minuit

Nina avait huit ans et une drôle d’habitude : elle aimait écouter la maison lorsqu’elle croyait que tout le monde dormait.

La nuit, les bruits changeaient. Le réfrigérateur ronronnait comme un gros chat, le bois de l’escalier craquait doucement, et parfois le vent faisait frissonner les feuilles du vieux cerisier au fond du jardin.

Ce soir-là, Nina venait tout juste de fermer son livre quand elle entendit un son qu’elle n’avait encore jamais entendu.

Tuuuut… tuuuut…

Un sifflement lointain, comme celui d’un train.

Nina se redressa dans son lit. La gare la plus proche se trouvait à plusieurs kilomètres. Aucun train ne pouvait passer derrière sa maison.

Pourtant, quelques secondes plus tard, le sifflement retentit à nouveau.

Elle enfila ses chaussons, prit sa petite lampe de poche et descendit sans bruit. Dans le salon, tout était calme. Elle ouvrit la porte qui donnait sur le jardin et resta bouche bée.

Au-delà du cerisier, là où se trouvait normalement une simple haie, brillait maintenant un petit quai de gare. Une lanterne dorée éclairait un panneau sur lequel on pouvait lire : « Quai des Rêves – départ à minuit ».

Nina s’approcha. Une voie ferrée argentée traversait l’herbe, puis disparaissait entre les arbres comme si elle avait toujours été là.

Soudain, une petite locomotive bleu nuit sortit de l’ombre. Ses roues ne faisaient presque aucun bruit et ses fenêtres diffusaient une lumière chaude. Sur le côté, des étoiles dorées semblaient bouger lorsque le train avançait.

La porte du premier wagon s’ouvrit. Un renard roux portant une casquette de chef de gare descendit sur le quai.

— Bonsoir, Nina, dit-il en consultant une montre ronde. Tu arrives juste à temps.

— Vous connaissez mon nom ? demanda Nina.

— Bien sûr. Je m’appelle Nox. Je conduis le Train des Rêves de Minuit. Et cette nuit, j’ai un petit problème.

Nox ouvrit un grand sac en velours. À l’intérieur flottaient trois petites lumières de couleurs différentes : une bleue, une verte et une dorée.

— Ce sont des rêves égarés, expliqua-t-il. Normalement, chaque rêve trouve tout seul l’enfant auquel il appartient. Mais ces trois-là ont perdu leur adresse. Si nous ne les ramenons pas avant l’aube, ils s’effaceront.

Nina regarda les lumières qui tournoyaient doucement dans le sac.

— Comment peut-on savoir à qui appartient un rêve ?

— Il faut l’écouter, répondit Nox. Les rêves ne parlent pas avec des mots. Ils montrent ce qui compte vraiment pour quelqu’un.

Il tendit à Nina un petit billet argenté. Dessus était inscrit son prénom.

— Alors, tu viens ?

Nina hésita une seconde, puis monta à bord.

À l’intérieur, le wagon ressemblait à une bibliothèque roulante. Des coussins étaient posés près des fenêtres, des cartes du ciel recouvraient les murs et des centaines de petits bocaux lumineux reposaient sur des étagères. Certains contenaient des nuages minuscules, d’autres des bateaux, des châteaux ou des animaux fantastiques.

Le train démarra. Mais au lieu de suivre la voie dans le jardin, il monta doucement dans le ciel.

Nina colla son nez à la vitre. Les maisons devenaient toutes petites. Les routes ressemblaient à des fils et les lampadaires à des lucioles alignées.

Nox posa la première lumière, la bleue, dans les mains de Nina.

Elle ferma les yeux. Aussitôt, elle vit un garçon debout au bord d’une piscine. Il voulait plonger, mais il avait peur. Puis une voix l’encourageait : « Tu peux essayer à ton rythme. » Le garçon respirait profondément et faisait enfin un petit saut dans l’eau, fier de lui.

— Je crois que ce rêve appartient à quelqu’un qui veut trouver du courage, dit Nina.

La lumière bleue se mit alors à tirer doucement vers la gauche. Le train la suivit jusqu’à une maison aux volets verts. La lumière traversa une fenêtre et disparut auprès d’un enfant endormi.

— Une de retrouvée ! s’écria Nina.

Le deuxième rêve était vert. Cette fois, Nina vit une petite fille arriver dans une école inconnue. Elle ne connaissait personne et serrait très fort les bretelles de son cartable. Puis un autre enfant lui souriait et lui proposait de jouer. Peu à peu, son inquiétude disparaissait.

— Celui-ci parle d’un nouveau départ, murmura Nina. Et de l’espoir de se faire un ami.

La lumière verte les guida jusqu’à un immeuble près d’un parc. Elle entra par une fenêtre entrouverte et le visage de l’enfant endormi sembla aussitôt plus paisible.

Il ne restait plus que la lumière dorée.

Nina la prit entre ses mains. Elle s’attendait à voir un autre enfant, mais l’image qui apparut la surprit : une cuisine ensoleillée, une tarte aux pommes, des mains couvertes de farine et le rire d’un grand-père. Puis la scène changea. Un enfant regardait une vieille photo et souriait en se souvenant de ce moment.

Nina sentit son cœur se serrer doucement.

— Ce rêve n’est pas vraiment une aventure, dit-elle. C’est un souvenir heureux.

— Les souvenirs peuvent être de très beaux rêves, répondit Nox.

La lumière dorée hésita un instant, puis se dirigea vers une petite maison entourée d’arbres. Lorsqu’elle eut rejoint son enfant, l’horloge du train sonna cinq heures.

Nox poussa un soupir de soulagement.

— Mission accomplie. Il est temps de te ramener chez toi.

Le train prit le chemin du retour. Nina observait les premières lueurs roses apparaître à l’horizon quand elle remarqua une petite boîte vide sur une étagère.

Sur l’étiquette, son prénom était écrit.

— Pourquoi cette boîte est-elle vide ? demanda-t-elle.

Nox sourit.

— Parce que ton prochain rêve n’est pas encore fabriqué. C’est toi qui vas lui donner sa première étincelle.

— Comment ?

— En pensant à quelque chose que tu aimerais découvrir, apprendre ou partager. Les rêves commencent souvent comme ça : par une toute petite envie qui brille dans un coin de la tête.

Nina réfléchit. Elle pensa aux étoiles qu’elle venait de traverser, aux enfants qu’elle ne connaissait pas et qu’elle avait pourtant aidés, puis à toutes les histoires qu’elle pourrait raconter.

Une minuscule lumière violette apparut dans la boîte.

— Voilà, dit Nox. Il est commencé.

Le Train des Rêves redescendit derrière le cerisier. Lorsque Nina posa le pied sur le quai, le soleil n’était pas encore levé.

Nox lui rendit son billet argenté.

— Garde-le. On ne sait jamais quand un rêve aura de nouveau besoin d’un coup de main.

Le train s’éloigna dans une pluie de petites étincelles. Le quai disparut, la voie ferrée aussi, et la haie redevint parfaitement ordinaire.

Nina retourna dans son lit. Elle glissa le billet sous son oreiller et ferma les yeux.

Le lendemain matin, elle se demanda d’abord si tout cela n’avait été qu’un rêve.

Puis elle passa la main sous son oreiller et sentit le bord froid d’un petit billet argenté.

Nina sourit.

Et le soir suivant, juste avant de s’endormir, elle crut entendre au loin un léger sifflement.

Tuuuut… tuuuut…

Mais cette fois, elle savait exactement d’où il venait.

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